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Florian Duc (1905) est né en terre minière à Blaton, dans le Hainaut belge. Mineur, il est également l’auteur d’un roman et invente sa propre forme de vers : un vers rimé mais non vraiment rythmé, qui n’est pas le vers-libre, mais une sorte de prose découpée, ponctuée d’assonances bizarres, disposées de façon non signifiante.

L’grande grève (VI, 2)

(…)
Au Syndiqué , l’ancien cabaret Julie, on t’noit les assises,
tous les joues assemblées, réunions, décisions,
on artournoit l’sujet, prinde enn position active,
c’est-à-dire organiser enn grande manifestation ;
d’abord d-aller quée du carbon,
épécher les gaunes de d-aller ouvrer,
s’rinde maîte du carreau, des moulettes,
tout immobiliser l’fosse, i faut qu’tout arrett.
Cha toit facile à dire, mais d’là à y arriver,
i l-avoit bié seur enn masse de difficultés.
Dés l’salle du “Syndiqué” on avoit installé enn caudière
éyé les grevisses collectuintent des dêrées pou fait l’soupe populaire.
Deux two pétautes par chi, enn botte de poriaux par là,
éyé enn mass de bonne volonté on y arrivoit
à fait de l’soupe pou les êfants des grevisses les plus nécessiteux.
L’misère s’installoit éyé i d-avoit djà enn masse de malheureux.
A l’cêsse Ugène, on avoit toudis compati à toutes les misères,
D’siré avoit amené ein barro de légumes de toute sorte,
des pétautes, des poriaux, des naviaux, des carottes,
assez pou fait de l’soupe enn semaine toute êtiére.
Ê n-attindant, l’conflit comminchoit pa durchi,
des gendarmes à qvau tuintent arrivés ç’nuitt-chi.
On craignoit des bagorres éyé même des blessés,
surtout dès des cas parelles, i d-a toudis dz’exaltés.

El manifestation démarrait des anciens foues à coke
pou d-aller ê rês serrés dès l’direction des fosses,
mais chou qu’on n’savoit nié, ch’est que, d’Ié l’ventilateur,
on avoit disposé enn companie d’saudorts ê tirailleur.
A l’promière vue, l’manifestation a stopé,
pus avec des pancartes i s’sont arprésêté,
écrite à l’couleur dsus des calicots :
SOLDATS NE TIREZ PAS
éyé co :
défendez vos frères de la classe ouvrière.

Tout cha n’comptoit nié nul’mê,
les saudortsch’toi. des fiâmes,
pou euss i n’avuintent nié rié compris,
ils attêduintent l’ord’ ed saquer dsus leu fusil.
Les manifestants s’avuintent argroupés l’Iong du canal,
quand tout d’ein cop les gendarmes ont chargé,
au grand galop, dsus l’rive du canal.
Ein grévisse qui avoit servi à qvau,
attrape ein gendarme pa l’gampe éyé True au mitan d’iau.
Cha té comme ein cop d’fusil,
tous les grévisses, des fèmmes oussi,
ruintent des cayaux après l’gendarme dès l’iau,
tandis qu’ses coumarodes accoureu pou l’sauver
ont oyu enn masse de ruses pou l’arsaquer.
(…)